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25.07.2008 : La Rubrique - La Sexualité : « Le pénis, un accessoire pour deux »

La Rubrique – La Sexualité :

« Le pénis,

un accessoire pour deux »

 

Des accessoires sexuels pour

femmes, vendus dans une boutique de

mode chic, amènent Daniel

Sibony à s'interroger sur le besoin de l'autre.

 

 

 

Ce qui fait « choc » ou surprise, ce qui émoustille, c'est que ce ne soit pas dans un sex-shop, en principe pour hommes, mais dans une boutique de  mode. Ces objets sexuels soient vendus par une femme très jolie, avec pudeur, retenue, simplicité. Vendre de quoi se masturber, avec les robes et les dessous, c'est drôle. Et il n'y a pas de « je crois que ça vous va… », ça vous va d'avance.

Ces objets qui touchent la femme, quand ils prennent le relais de l'homme, de son sexe, révèlent une pointe d'agacement d'avoir à en passer par l'autre : après tout, c'est encombrant, l'homme, il faut trouver le bon, le mettre à la bonne place dans le fantasme, ça peut glisser, tomber, se perdre… En fait, c'est le partage du sexe qui est complexe à vivre. Car dans le rapport sexuel, le pénis tendu est à l'homme et à la femme, aux deux. Le rapport sexuel, c'est le partage du pénis comme joint incandescent, l'entre-deux où chacun vient avec sa part : son désir. Dès lors, ces pénis-fétiches, qui sont du "sexe" prêt-à-porter… de main expriment le fantasme de l'objet confortable.

On nous parle du désir des femmes de s'assouvir « par soi-même ». Or on ne peut assouvir « par soi-même » que l'aspect du désir qui ne regarde que soi-même, donc l'aspect narcissique ; mais le désir et l'amour se vivent à deux. Si donc on prend « sa » part du rapport sexuel pour la consommer dans son coin, alors ce que l'on a en main, c'est l'accessoire. Reste ailleurs l'essentiel : la jouissance de la femme avec l'homme, en partage avec lui. Avec toujours ce paradoxe : le pénis tendu-vivant c'est le symbole du partage. La nature aurait pu l'accrocher sur la femme, mais elle porte déjà tant d'autres choses – l'enfant, les seins… Alors la nature l'a accroché sur l'homme, mais ce n'est pas à lui, c'est aux deux.

En affichant ainsi les accessoires sexuels, certains disent que l'on affiche, officiellement, de ne plus dépendre du désir masculin. Ce qui s'affiche là c'est plutôt le signe d'une plus grande « autonomie », trait majeur de nos sociétés : maximum d'indépendance – surtout consommatrice – pour chacun. Mais déjà hommes ou femmes suffoquent dans leur indépendance, et cherchent un peu de dépendance, un peu d'amour, un peu de lien qui tienne. Et les voilà à nouveau en quête d'autre dont on puisse ne plus se passer.

En outre, quand des accessoires sexuels rendent l'homme « inutile », c'est qu'il l'était déjà ; c'est que dans sa réduction à une queue, la douleur était déjà grande, même inconsciente ; la douleur du manque d'autre.

Source : Psychologies

Daniel Sibony

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Daniel Sibony, docteur d'Etat en mathématiques et en philosophie et psychanalyste, a publié récemment "Nom de Dieu" (Le Seuil, 2002). A paraître : "Proche-Orient. Psychanalyse d'un conflit" (Le Seuil).

 

 



25/07/2008
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