Le Savoir-Vivre

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07.04.2008 : Peur des poils, peur du sexe ?

La Rubrique – Connaître Son Corps :

 

Peur des poils, peur du sexe ?

 

On le lit dans les magazines, on le constate dans les salons d'esthétique, chez les femmes,

 

La mode est à l'épilation intégrale : Aisselles, Jambes et Pubis.

 

Que cachent ces poils que l'on ne saurait voir ?

 

Les nouvelles normes de beauté voudraient les

 femmes lisses et nettes de partout, y compris du sexe.

 

 

Martine, 25 ans, déclare sans ambages « détester » les poils : « C'est plus hygiénique d'avoir la peau lisse. J'ai commencé à raser mes aisselles à 12 ans, quand j'ai vu que les filles du cours de gym le faisaient. Ma mère m'a offert ma première épilation chez l'esthéticienne à la fin du collège. » La jeune femme juge aujourd'hui que s'épiler l'intégralité du corps lui est devenu un geste aussi naturel que se brosser les dents. « Rasée, épilée, la femme se sent plus propre, allégée de ses imperfections, explique J.-D. Nasio, psychanalyste. Elle s'approche d'un modèle du corps créé par la mode, mais qu'elle s'est approprié. »

Pour le psychothérapeute, c'est en effet un fantasme de beauté qui se joue ici : « Les canons de la féminité résident dans un idéal de peau blanche, soyeuse. La peau lisse évoque la douceur, on a envie de la caresser. Elle évoque aussi la jeunesse, donc l'innocence. Elle permet également à la femme de se différencier de l'homme. » En s'épilant, certaines femmes supprimeraient les manifestations des hormones masculines qui existent chez elles en petite quantité. Elles peaufineraient leur féminité comme pour mieux s'en convaincre. Et convaincre leur compagnon, s'il en est besoin.

 

 

« Quand je ferme les yeux et caresse mon amie, j'aime qu'elle soit lisse, sinon j'aurais l'impression de caresser un homme », explique Arnaud, 32 ans. Comme lui, les hommes qui confient ne pas aimer les poils mettent en avant les avantages d'un sexe épilé lors des rapports sexuels. « Ma copine laisse juste une petite ligne de poils sur le mont de Vénus. Lors de la pénétration, je trouve que ça glisse mieux, et je préfère le contact direct avec la peau quand je lui fais un cunnilingus », raconte Sébastien, 26 ans. N'a-t-il pas le sentiment de coucher avec une petite fille ? Il s'énerve : « J'aime les formes des femmes. Ne pas aimer leurs poils ne fait pas de moi un pédophile ! »
Appelés « caractères sexuels secondaires », les poils témoignent de la maturité sexuelle. « On s'épile les aisselles parce que leurs poils rappellent les poils pubiens ; et l'on ne veut pas offrir la vision de ses caractères sexuels à n'importe qui », analyse Anne Varichon, ethnologue. « Dans l'acte de s'épiler, il y a une retenue de soi. Les femmes s'épilent le maillot et c'est normal : l'homme non plus ne montre pas ses poils de testicules », admet J.-D. Nasio.



Mais s'il considère qu'une épilation minimale relève de la pudeur, le psychanalyste s'inquiète de l'épilation intégrale comme d'un excès qui témoignerait, de la même façon que la chirurgie esthétique, « de la relation pathologique que certains entretiennent avec leur corps ». « Enlever ses poils, c'est retirer ce qui est sexuel et, paradoxalement, c'est montrer l'organe sexuel. Mais, comme disent les nudistes, quand il n'y a plus rien à cacher, il n'y a plus rien à voir », estime Marc-Alain Descamps, psychanalyste(1). Les poils, qui contribuent à dissimuler le sexe féminin, entretiennent son mystère. Ce mystère qui trouble et, parfois, inquiète. En rejetant leur pilosité, certaines femmes essaieraient de se débarrasser de leur corps et de cette sexualité effrayante. « Epilé, le sexe féminin est moins sexuel, moins animal ; plus sexy, plus petite fille. » Toujours plus minces, plus jeunes, plus lisses, à l'image des mannequins des magazines.

« Dans ma pratique, je vois de plus en plus de femmes qui ont peur de l'acte sexuel, observe Marc-Alain Descamps. Les femmes ne connaissent plus leur corps. Elles ont honte de leurs poils, elles ont honte de leur odeur, elles ont honte de se toucher… » Ainsi, Ariane, 33 ans, qui refuse de faire l'amour avec son mari, si elle ne sent pas « nickel côté poils ». « La femme qui s'épile s'oppose à la sexualité. Elle veut être pure et blanche, rester attachée à l'enfance. Epilée intégralement, elle s'angélise, elle va vers l'androgyne, vers l'asexué », explique le psychanalyste, qui juge que cette attitude nous éloigne d'une sexualisation libre et épanouie : « Les magazines font passer l'idée que l'érotisme est une question de sophistication : il faut s'épiler, utiliser des déodorants, des parfums, des lingettes intimes, etc. » A force d'être "glamoureuse", la sexualité risque de devenir moins amoureuse. Car rien n'est moins apprêté que le désir.


1. Auteur de L'Invention du corps (Puf, 1986, épuisé).

 

 

 

Et Les Hommes ?

 

De leur côté, sans parler (encore) du pubis, les hommes sont de plus en plus nombreux à se sentir concernés par l'épilation. La publicité ne montre plus que des hommes imberbes dotés d'une peau que les femmes pourraient leur envier. Paul, 47 ans, musicien : « Je suis très poilu. L'épilation est une question d'hygiène : je veux être plus propre et plus net. Pour moi, c'est une façon de revenir à l'adolescence et à la jeunesse. Au départ, je m'épilais tout seul, torse, aisselles, épaules, en cachette, mais c'était une galère pas possible. Alors, j'ai franchi le pas et suis allé dans un institut. La première fois, j'avais la trouille. Je trouvais ma démarche bizarre. En tant qu'homme, j'avais honte de m'occuper de mon corps. Mon esthéticienne m'a rassuré en me disant que près de la moitié de sa clientèle était composée d'hommes. Maintenant, je vais la voir régulièrement. On court toujours après une image que l'on veut donner, une jeunesse que l'on perd. »

 

Source : Psychologie

Reine PARIS et Tatiana de ROSNAY

 



07/04/2008
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